Protection du cheval : l’exemple Suisse

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Protection du cheval : l’exemple Suisse

Message par Jean le Lun 23 Nov 2015, 05:41

Protection du cheval : l’exemple Suisse
Par Amélie Tsaag-Valren.


N°67 
0 Commentaire(s)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] 



Lorsqu’on évoque l’investissement des pays pour la protection du cheval, la Suisse fait figure d’exemple. Après le bannissement du barrage à l’obstacle et du rollkur en janvier 2014, c’est au tour des rênes allemandes de faire l’objet d’une interdiction, pour janvier 2016. Ces législations répondent au désir des habitants. Sont-elles efficaces ? Et nuisent-elles à l’économie équestre de la Suisse ?
Lorsque l’on évoque le cheval en Suisse, la première idée qui s’impose est souvent celle des Franches-Montagne en alpage, suivie par… le siège de la Fédération Equestre Internationale à Lausanne. 
Depuis quelques années, la Suisse s’illustre aussi par ses mesures de protection du cheval, très en avance sur celles des autres pays – y compris de la France.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
L’abbaye d’Einsiedeln élève depuis des siècles ses demi-sangs à la longue histoire… Photo de Roland Zh.
L’ordonnance de la protection des animaux en vigueur depuis 2014 a permis d’ajouter le barrage à l’obstacle et le rollkur (ou hyperflexion) à la liste des pratiques interdites. Si la FEI interdisait déjà le barrage depuis quelques années, l’ajout du rollkur creuse une nette différence juridique avec le règlement du sport international.
Les autorités équestres suisses travaillent en collaboration étroite avec les associations de protection
Pendant que les Suisses cogitaient sur l’interdiction du rollkur, l’équipe de France de dressage partait se former chez Adelinde Cornelissen, histoire de remonter dans le ranking FEI… 
Poursuivant sur sa lancée, la Fédération suisse des sports équestres (FSSE) vient d’annoncer le bannissement des rênes allemandes en compétition de CSO pour janvier 2016.

Particularités du monde équestre suisse
Les lois de protection animale sont plus simples à proposer et faire appliquer en Suisse qu’ailleurs. Le nombre de chevaux a toujours été moins important, en nombre et en densité, qu’en France : 103 000 chevaux répartis dans 17 545 écuries. Ces écuries sont à 65 % agricoles, mais les propriétaires qui les louent sont souvent des cavaliers de sport et de loisir citadins ou péri-urbains. Il y a donc une forte demande pour des conditions d’hébergement respectant le bien-être des chevaux. Les lois actuelles sur la détention des équidés (obligation de permettre des contacts physiques entre chevaux, des sorties régulières, etc…) étaient au départ de simples directives.
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Un cheval Franche-Montagnes au HNS, photo de Ludovic Péron, licence CC-by-SA 2.0
Le système démocratique direct de la Suisse, souvent considéré (à juste raison) comme le meilleur d’Europe, permet aux citoyens du pays de proposer des lois dès qu’ils sont suffisamment nombreux à se mobiliser. Les demandes sociétales fortes pour obtenir le statut d’animal de compagnie et supprimer des pratiques contraires à l’éthogramme du cheval sont entendues. Les chevaux suisses bénéficient d’un double statut juridique depuis 2009, animal de rente ou animal de compagnie selon le choix et le désir du propriétaire. Cela permet à qui le souhaite d’exclure définitivement un animal de la chaîne alimentaire, sans pour autant pénaliser les éleveurs (de Franche-Montagnes notamment) qui produisent pour la viande... 

Autre particularité, les autorités équestres suisses travaillent en collaboration étroite avec les associations de protection. Le dialogue qui en résulte a un effet nettement bénéfique, sur la condition animale comme sur l’éducation des propriétaires. Ainsi, la Protection Suisse des Animaux (PSA) a créé des fiches techniques à l’attention des nouveaux propriétaires d’équidés, et un label de « bonne détention » pour les aider à repérer les établissements fiables.

L’Interdiction des rênes allemandes
La Suisse deviendra en janvier prochain le premier pays à interdire un enrênement, les rênes allemandes, sur les terrains de CSO. Pour la Fédération Suisse des Sports équestres (FSSE), il n’est pas question de condamner unilatéralement l’utilisation de cet outil, mais avant tout de permettre aux sports équestres de rester acceptables aux yeux du public. Pour « s’engager en continu et de manière proactive pour le bien-être des chevaux et pour la réputation des sports équestres », elle veut résoudre un problème perçu par le public du CSO, « souvent composé d’amateurs n’ayant pas les connaissances de base sur le cheval, sa formation, sa détention et son utilisation ». Le public est choqué par certaines scènes vues en concours. 

Nous nous étions déjà fait l’écho de discussions fréquentes au sein du CIO (Comité International Olympique), visant à savoir s’il ne vaudrait pas mieux renoncer aux disciplines équestres olympiques. Les raisons invoquées sont d’ordre éthique, la majorité des amateurs de sports estimant que l’équitation n’a pas vraiment sa place dans le milieu sportif d’élite, voire qu’elle n’est pas « correcte » envers l’animal (lire ici). Il suffit pour s’en convaincre de visiter des forums et des pages de réseaux sociaux traitant du sport olympique : très vite, l’équitation apparaît parmi les premières propositions de suppression. 

Hans Wyss, le directeur de l’office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires suisses, se veut avant tout pragmatique. Il estime que cette interdiction vise « l’utilisation responsable du cheval dans le sport », afin d’assurer son avenir auprès du grand public, des médias et des sponsors.

L’efficacité des mesures de protection
D’après les chiffres dévoilés par les éthologues suisses pendant les dernières rencontres de la Cense, en 1997, 55 % des chevaux suisses bénéficiaient de contacts sociaux et tactiles avec leurs congénères. En 2004, ils étaient 83 %. La transition est pleinement réussie, la garde plus respectueuse, et la connaissance des besoins du cheval de la part des propriétaires et gérants d’écuries, bien meilleure.
Contrairement à certaines peurs (exprimées notamment pendant nos dernières assises de la filière équine), l'autorisation d'un statut d'animal de compagnie pour les chevaux ne s'est pas traduite par une dégradation de leurs conditions de soin et d'hébergement auprès des propriétaires particuliers (non, il n'y a pas de chevaux au 4ème étage des immeubles !). La coopération étroite avec les associations de protection, qui éduquent les propriétaires, permet de réelles avancées.
Qu’en est-il des lois interdisant le barrage et le rollkur ?
Solveig Pletscher, propriétaire de trois chevaux en Suisse, estime que l’interdiction du rollkur est bien suivie, « même si ce genre de comportement se voit encore »« Je pense que les spectateurs sont aussi beaucoup plus sensibles », continue-t-elle. « Dernièrement il y a eu un cas sur une place d’échauffement pendant un concours de dressage, au Chalet à Gobet (Lausanne). Ce sont les spectateurs qui sont intervenus ». Un seul petit bémol : « J'aimerais pouvoir vous dire que des contrôles se font à la maison et que les cavaliers pratiquant le rollkur sont toujours sanctionnés, mais ce n'est pas le cas puisqu'il est impossible de contrôler ce qui se passe sur l'ensemble du territoire... D'une manière générale, je pense que les mentalités évoluent. Et si l'interdiction des rênes allemandes est limitée à l'échauffement, j'espère qu'elle fera réfléchir les cavaliers pour qu’ils ne les utilisent pas à la maison. Dans tous les cas, c'est un premier pas ».
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Photo de Roland Zumbühl, licence GNU 1.2
L’interdiction des rênes allemandes sera bientôt inscrite dans le règlement des compétitions de saut d’obstacle de la FNCH, la fédération équestre suisse, puis mise en pratique dès le 1er janvier 2016. « On ne peut pas encore prévoir si cet article sera bien suivi », continue Solveig. « On peut dire qu'il y a une volonté de suivi de la FSSE, et que dans l'ensemble ces lois amènent les gens à réfléchir au bien-être de leurs animaux ». 

Justine Fleury, propriétaire d’un trotteur français de 8 ans, estime que les chevaux suisses sont bien traités grâce aux lois et à l’engagement des propriétaires. Certaines lois sont cependant d’après elle « un peu exagérées » : « Je pense que les exigences en matière de formation des professionnels du monde du cheval sont excellentes et impératives. Par contre, certaines lois mettent des bâtons dans les roues des éleveurs, alors que leurs chevaux sont très bien soignés... Ces lois sont là car certains dépassent les bornes. Personnellement, elles me conviennent, mais je conçois que pour certains propriétaires, ce soit compliqué ».

Il n’est pas impossible que les lois suisses dissuadent le lancement d’élevages équins et l’acquisition d’un cheval. Le prix à payer pour leur mieux-être ?


La FSSE a mis en place des tutoriaux pour l'observation sur les places d'entrainement, telle que cette vidéo destinée aux officiels des compétitions de dressage suisses :

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

… Un document dont certains juges internationaux de dressage feraient bien de s’inspirer !

Source : http://www.cheval-savoir.com/1989-protection-du-cheval-exemple-suisse

_________________
Jean

Breizh eo ma bro...


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
avatar
Jean
Admin

Messages : 6531
Date d'inscription : 22/02/2015
Age : 66

http://amicalementfrison.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: Protection du cheval : l’exemple Suisse

Message par gebouye le Lun 23 Nov 2015, 07:29

Les Suisses sont vraiment en avance sur leur temps. Si seulement les autres pouvaient suivre leur exemple, les chevaux s'en porteraient beaucoup mieux.

_________________
Géraldine

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
avatar
gebouye
Admin

Messages : 5385
Date d'inscription : 01/03/2015
Age : 32

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum